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31 mai 2021

Céline, psychologue

Article

Des permanences de consultation médico-psychologique y sont assurées par France Victimes 44 Nantes et SOS Inceste et Violences Sexuelles, du lundi au vendredi, afin de proposer aux femmes victimes de violences un accompagnement adapté au psycho-traumatisme qu’elles ont vécu.
Découvrez l’interview de Céline, psychologue chez SOS Inceste et Violences Sexuelles.

De quelle façon intervenez-vous à Citad’Elles ?

Nous sommes deux psychologues de l’association à intervenir à Citad’elles pour accompagner les victimes de violences sexuelles dans l’enfance ou à l’âge adulte. Quand je les rencontre, elles se sont déjà entretenues avec une coordinatrice de parcours de Citad’elles. Je les informe des informations dont je dispose, afin de les rassurer sur l’idée qu’elles ne vont pas avoir à tout me réexpliquer. Souvent, elles souhaitent que nous échangions sur les effets du traumatisme à court, moyen et long terme. Une grande partie des victimes que je reçois ont été tellement impactées par la situation de violence qu’elles ont une image très dégradée d’elles-mêmes. Il faut bien souvent déconstruire la façon dont elles se perçoivent pour mieux la reconstruire.

Quelles particularités relevez-vous ?

Souvent, je ne les vois qu’une fois par mois. La valeur ajoutée de Citad’elles, c’est qu’entre-temps elles ont vu d’autres professionnel.les (juriste, art-thérapeute, etc). Bien souvent, je constate qu’elles ont beaucoup avancé grâce à ce collectif mobilisé pour les aider. Elles sont toutes à des stades différents de prise de conscience. Notre rôle est de les accompagner à leur rythme, sans jugement, tout en restant particulièrement attentives et présentes dans ce type de situation.

Vous vous souvenez de vos premières impressions en découvrant Citad’elles ?

Je me suis dit que ces locaux ne laissaient pas indifférents. Il y a la vue, très dégagée, qui donne du champ dans les vies de celles qui ne savent pas toujours à quoi va ressembler demain. Et puis il y a la sécurité, dès l’entrée, qui autorise à laisser aller les émotions et les pensées comme elles viennent. D’ailleurs, après notre rendez-vous, il arrive que les personnes restent une vingtaine de minutes, comme pour se préparer à réaffronter le monde extérieur.

Le confinement de mars 2020, vous vous en souviendrez comme d’un moment…

Plus que ralenti ! Et sources d’inquiétudes bien sûr. Pour toutes les personnes que nous suivons, et aussi pour les victimes de violences conjugales. Certaines avaient planifié le départ de leur domicile, et ont dû rester chez elles à cause du confinement…

Quelle personnalité vous inspire ?

Je suis impressionnée par les personnes que je vois tous les jours en consultation, par la force, l’élan vital qu’elles vont puiser pour rester actrices de leurs parcours. Je pense aussi à Eva Thomas, qui a fondé SOS Inceste, la première à parler publiquement d’inceste sur un plateau de télévision. Elle a créé l’association pour répondre aux demandes des autres victimes, et son parcours continue d’exister à travers ce legs.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux femmes qui nous lisent ?

Écoutez les personnes victimes, elles ont mieux que personne les mots justes pour raconter les violences. Et souvent, elles ont beaucoup à dire sur ce qu’elles ont traversé. Nombreuses sont d’ailleurs celles qui ressentent le besoin d’écrire, de témoigner, de transmettre.

Souhaitez-vous partager une ressource en lien avec votre pratique professionnelle ?

Je pense au podcast de Charlotte Pudlowski, « Ou peut-être une nuit » (Louie Media), que j’ai trouvé extrêmement riche pour comprendre notamment la question du silence, de comment on apprend à se taire dans les familles où il y a eu de l’inceste.

SOS Inceste & Violences Sexuelles est une association d’accompagnement des victimes créé en 1986 à Grenoble, par Eva Thomas, la première victime d’inceste qui ait témoigné à visage découvert.