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21 juin 2021

Fanny, psychologue

Article

Prendre soin des enfants à Citad’elles, c’est les accueillir dans un espace dédié, et leur proposer un accompagnement et une écoute adaptés, assuré par des professionnelles compétentes. Depuis le mois de novembre 2020, l’association Les Pâtes au beurre* propose des consultations préventives et thérapeutiques menées par des psychologues au sein de Citad’elles toutes les semaines, afin de soutenir le lien mère-enfant mis à mal dans le contexte de violences conjugales et familiales.
Découvrez l’interview de Fanny, psychologue à l’association Les Pâtes au Beurre.

De quelle façon intervenez-vous à Citad’elles ?

Lors de consultations d’une heure, nous accueillons des mères avec leurs enfants, et travaillons ensemble sur leurs liens. Nous rassurons les femmes sur leur fonction maternelle. Bien souvent, à cause des violences, elles ont été dévalorisées, délégitimées dans leur rôle. Elles n’ont par ailleurs pas toujours la disponibilité psychique pour réfléchir à leur façon d’être parent : nous les aidons à penser en dehors de l’intensité du quotidien. En fonction de là où elles en sont dans leur parcours de reconstruction, nous les accompagnons autant que nécessaire, et adressons les enfants s’il y a besoin d’une prise en charge psychothérapique et pluridisciplinaire.

Concrètement, qu’êtes-vous souvent amenée à partager avec elles et avec les enfants ?

Il peut être très difficile pour les mères de démêler ce qui relève de l’ordinaire du développement d’un enfant, et ce qui relève de l’impact d’un traumatisme. Sachant qu’en outre, dans une fratrie, chaque enfant va exprimer à sa manière, subjective, ce qu’il ressent. Pendant la consultation, par l’observation et l’échange, on peut offrir à la mère une représentation de ce qui se joue dans l’instant. L’idée est aussi de montrer que les mots ne sont pas dangereux, que tout peut se parler, sans que tout ne s’effondre.

Qu’est-ce qui vous marque le plus ?

Je constate à quel point les enfants sont des moteurs de changement pour les femmes. Quand elles repèrent des symptômes des violences sur les enfants, bien souvent c’est ce qui les encourage à enclencher les premières démarches pour en sortir. Par exemple, ça peut être un garçon qui commence à avoir les mêmes attitudes ou mots que leurs pères vis-à-vis d’elles. Elles désirent autre chose pour eux.

Quelles ont été vos impressions en découvrant Citad’elles ?

Ce qui m’a impressionnée, c’est le décalage entre l’urgence des situations accueillies, et le calme du lieu. On sent que tout a été pensé pour que les femmes puissent se restaurer et retrouver leur intégrité corporelle et psychologique.

Le confinement de mars 2020, vous vous en souviendrez comme d’un moment…

De mises à l’épreuve pour les familles. Vivre ensemble, tout le temps, nous ne sommes pas faits pour ça. L’association « Les Pâtes au beurre » a assuré des permanences téléphoniques du matin au soir, nous avions souvent en ligne les familles en direct de la crise. Nous étions cette bouffée d’air extérieur qu’elles n’avaient plus.

Quelle personnalité vous inspire ?

Je pense à l’écrivaine et essayiste Christiane Singer, dont les écrits, les paroles et même la voix m’ont beaucoup portée. Elle m’a permis de réfléchir au lien entre ce qui se joue à l’échelle individuelle, et les résonances que cela va avoir au niveau sociétal. Je peux d’ailleurs faire le lien avec l’extraordinaire nécessité d’un lieu comme Citad’elles, qui vient dire à la société : on ne laisse pas la question des violences faites aux femmes dans le non-dit, à la seule charge des femmes victimes.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux femmes qui nous lisent ?

Vous avez toute légitimité à ressentir ce que vous éprouvez et à en rendre compte verbalement. Expérimenter l’assurance de sa légitimité à s’exprimer commence par le dialogue avec soi-même. On peut s’y entrainer, devant son miroir, dans un cahier, s’enregistrer quand cela semble insurmontable auprès de l’autre. Il s’agira ensuite d’initier le mouvement d’adresser cette parole à un autre, quand bien même cet autre n’est pas le premier destinataire.  Et c’est toute la raison d’être d’un lieu comme Citad’elles.

Pensez-vous à une ressource grand public pour sensibiliser aux violences ?

Je pense à la série « Elles ont toutes une histoire », réalisée par France Télévisions, qui met en lumière des jeunes femmes de profils très différents, mais qui sont toutes très inspirantes. Le livre est également très bien fait, je le propose souvent aux adolescentes.

*Les Pâtes au Beurre est une association d’écoute et d’accueil pour les parents et les enfants de tous âges.