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25 mai 2021

Claire, juriste

Article

Du lundi au vendredi, les juristes du CIDFF Loire-Atlantique* (spécialisée en droit civil) délivrent sur rendez-vous des réponses en lien avec le dépôt de plainte, la séparation, le droit de garde, le logement… et accompagnent les femmes à mieux comprendre les démarches et mesures judiciaires.
Découvrez l’interview de Claire, juriste au CIDFF.

De quelle façon intervenez-vous à Citad’elles ?

J’assure des rendez-vous d’information juridique auprès des femmes victimes de violences. Pendant ces rendez-vous d’une heure, je les renseigne essentiellement sur les questions de droits de la famille. Divorces, séparations, autorité parentale… Comment quitter le domicile en toute sécurité, comment protéger les enfants, quelles actions mener selon la situation  ? Mon rôle n’est pas de les conseiller, ce qui est le travail des avocat.es, mais bien de les informer sur leurs droits.

Êtes-vous confrontée à des questions récurrentes et comment y répondez-vous ?

La majorité des questions concernent la séparation et la garde des enfants, puisque nous sommes identifié.e.s sur ces questions. Mais nous informons également sur les procédures comme l’ordonnance de protection, ou encore le sort du logement. Par exemple le changement de serrures, qu’elles peuvent envisager pour se protéger. Or, quand on est marié, copropriétaire d’un logement ou cotitulaire du bail ou, dans certains cas, lorsque l’on héberge quelqu’un, ce geste peut être considéré comme une expulsion illégale… Mon rôle est de les informer de toutes ces subtilités, pour qu’elles sachent comment réagir, le cas échéant.

Qu’est-ce qui vous marque parmi les femmes que vous recevez ?

Elles ne répondent à aucun profil type. Ce que je constate aussi, c’est que les violences psychologiques et verbales sont extrêmement répandues, mais franchement minimisées. Ce stéréotype selon lequel être victime de violences c’est systématiquement subir des violences physiques est très ancré.

Vous souvenez-vous de vos premières impressions en découvrant Citad’elles ?

C’était en janvier 2020, je venais de prendre mes fonctions. J’avais déjà beaucoup entendu parler du lieu et de ses différents espaces, pour les enfants, pour se reposer etc. Je n’ai pas été déçue ! Un jour, une femme que je raccompagnais vers la sortie m’a confié ceci : « Ce lieu est incroyable, on s’y sent bien ».

Le confinement de mars 2020, vous vous en souviendrez comme d’un moment…

Intenses. Comme tout le monde, il a fallu s’adapter très vite. Car les situations de violences ont été exacerbées et se sont bien souvent aggravées dans les foyers. Comme Citad’elles est très identifié sur le territoire comme le lieu ressource pour les femmes victimes de violences, les demandes ont afflué. Nous avons poursuivi nos missions par téléphone et à la demande, en élargissant nos horaires habituels. Une de nos grosses difficultés a été de trouver avec elles des moments appropriés pour garder le contact.

Un objet incarnant votre activité  ?

Ma profession consiste à transmettre des informations, donc à part mon ordinateur, mon papier, mon crayon, et mon code civil, je ne vois pas !

Quelle personnalité vous inspire ?

Le combat pour l’égalité que mène les féministes s’est longtemps centré sur l’acquisition de nouveaux droits. On pourrait citer Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir ou Simone Veil, des figures qui participent à incarner ces luttes. Mais celles qui m’inspirent aujourd’hui, sont celles qui dans les sphères politique, juridique, sportive, psychologique, partout dans la société, se battent contre les constructions sociales, contre les stéréotypes, pour atteindre l’égalité réelle.

Quels messages souhaitez-vous transmettre aux femmes qui nous lisent ?

Parlons-nous et écoutons-nous ! Toutes les femmes ont vécu leur lot de violences, de la remarque sexiste aux violences, en passant par les interdits sociaux. C’est parfois en échangeant avec d’autres qu’on réalise le problème. Je remarque qu’il existe encore un réflexe de méfiance vis-à-vis de celles qui dénoncent des actes de violences. Je rappelle que les dénonciations mensongères de violences sexuelles concernent 2% à 8% des cas, soit le même pourcentage que pour n’importe quelle autre infraction.

Souhaitez-vous partager une ou plusieurs ressources sur les violences ?

Je recommande la Youtubeuse « Marinette, femmes et féminisme », qui aborde la question des violences d’une façon vraiment limpide et grand public. J’écoute aussi beaucoup de podcasts pour enrichir ma culture féministe, comme « Pas son genre », l’émission de Giulia Foïs diffusée sur France Inter ou « Un podcast à soi », de Charlotte Bienaimé (Arte Radio). En termes de film, je conseille aussi « L’emprise », de Claude-Michel Rome, qui à mon sens donne des clés pour comprendre le mécanisme d’emprise.